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mardi 12 mars 2019

Fenêtre ouverte sur l’univers bucolique de Tasha Tudor

Tasha Tudor a illustré plus d’une centaine de livres pour enfants. Peu connue dans le monde francophone, elle est célèbre outre-Atlantique. Mais ce n’est pas uniquement pour son travail que cette dame à l’allure atypique a gagné en notoriété… 

L’illustratrice considérait qu’elle n’était pas à la bonne époque. « Elle a vécu très longtemps dans une jolie maison isolée entourée d’un jardin enchanteur », explique l’une de ses admiratrices. Chez elle, Tasha Tudor a fait le choix de vivre sans eau ni électricité. Elle cultivait ses fruits et légumes, cousait et tricotait elle-même ses vêtements. « Fine cuisinière, faisant son jardin, coupant son bois, s’occupant de la basse-cour, des chèvres, des vaches, du jardin potager et d’agrément, faisant ses chandelles », Tasha Tudor était une véritable maîtresse de maison, un « cœur authentique », une mère de famille dévouée aussi, qui veillait sur ses enfants et qui prenait soin aussi des animaux qui l’entouraient, toujours accompagnée par ses deux chiens corgis. « Ce faisant, c’est tout un univers enchanteur et bucolique qu’elle nous proposait de découvrir et qu’elle a partagé souvent au gré des ouvrages qui lui ont été consacrés. Un univers où elle a vécu heureuse ainsi, sans aucun doute, que tous ceux qui ont eu la chance de pouvoir lui rendre visite ».

Naissance d’une artiste

Née à Boston en 1915, dans le Massachusetts, la petite fille fut baptisée Natasha, en l’honneur du personnage féminin principal du roman de Léon Tolstoï, Guerre et paix. Un roman que son père, l’architecte naval W. Starling Burgess, affectionnait particulièrement. Sa mère, Rosamund Tudor, était portraitiste. Rapidement le diminutif « Tasha » l’emportera et c’est ainsi que la petite Natasha deviendra simplement Tasha. Généralement présentée comme « la fille de Rosamund Tudor », ses proches prirent l’habitude de l’appeler par le nom de famille de sa mère. Natasha Burgess sera finalement connue sous le nom de Tasha Tudor.
L’illustratrice a reçu de nombreux prix pour son travail et sa contribution à la diffusion de la littérature pour enfants: elle a remporté le Caldecott Honors pour Mother Goose en 1945, le 1 is One en 1957 et enfin la Regina Medal en 1971. Son livre Corgiville Fair, publié en 1971, qu’elle a écrit et illustré elle-même, est peut-être son plus grand succès. Mais c’est sans compter tous les autres très beaux ouvrages qu’elle a réalisés: Around the Year (2004), Pumpkin Moonshine (2000) ou encore son livre de cuisine The Tasha Tudor Cookbook (1993)…
De ses illustrations, réalistes et détaillées, émane une grande douceur, en plus du souci de la précision et de la qualité du travail accompli. Réalisées à l’aquarelle, les fleurs, les oiseaux ou autres animaux et objets charmants s’y mêlent avec, bien sûr, la présence de personnages enfantins, en présence de leur famille. Le contenu visuel de ses illustrations fait souvent référence à ses propres souvenirs, il témoigne de la nostalgie d’un univers campagnard, simple et traditionnel.

Franchise et originalité

Toute sa vie durant, ​elle a développé un art de vivre qui lui était propre et dans lequel elle se reconnaissait, n’hésitant pas à s’habiller à la mode du XIXe siècle, selon un style vestimentaire qui rejoignait et inspirait son propre imaginaire. Elle était consciente que son statut d’artiste lui permettait une certaine liberté. Evoquant ce statut particulier de manière générale, elle disait: « Comme artiste on peut se comporter de façon aussi folle ou immorale qu’on le désire, personne ne s’en offusque… ». Et pourtant, Tasha Tudor était bien loin, quant à elle, d’afficher une attitude « folle ou immorale »! Son originalité était toute entière le reflet de ses idées et surtout, de la recherche d’authenticité qui l’animait. Son statut d’artiste lui permettait d’exprimer ses points de vue avec franchise, quand bien même ceux-ci auraient pu déranger ou susciter des réactions houleuses. Tasha Tudor avait par exemple banni le pantalon de sa garde robe. Un choix qu’elle explique par le désir d’être très féminine.
Ainsi Tasha Tudor était soucieuse de vivre en harmonie non seulement avec sa nature féminine mais aussi, au-delà d’elle-même, avec la nature, tout autour d’elle. Elle s’est éteinte il y a dix ans cette année, en 2008. Ses œuvres originales se trouvent actuellement dans des musées, des bibliothèques et de nombreuses collections privées à travers le monde. Plusieurs ouvrages (en anglais) lui sont dédiés, notamment Tasha Tudor’s Garden (1994) de Tovah Martin et Tasha Tudor’s Heirloom Crafts (2000) du même auteur. A quand un livre en français à propos de cette dame extraordinaire?

MMH [Madeleine-Marie Humpers]

Image: Couverture du livre « Tasha Tudor’s Garden » de Tovah Martin (Photographies par Richard W. Brown)

Paru sur CathoBel le 20 juin 2018: https://www.cathobel.be/2018/06/20/une-fenetre-ouverte-sur-lunivers-bucolique-de-tasha-tudor/

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