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vendredi 15 mars 2019

L’enfer, envers de la liberté

L’enfer existe-t-il? Les propos que le pape aurait tenus lors d’un entretien avec Eugenio Scalfari suscitent la polémique. Quelles qu’aient été les paroles du Saint Père, il importe d’affirmer la réalité de l’enfer tout en l’expliquant le plus clairement possible.

« L’enfer n’existe pas, ce qui existe c’est la disparition des âmes pécheresses ». Voilà ce qu’aurait déclaré le pape dans un entretien avec Eugenio Scalfari, fondateur du journal La Repubblica. Athée revendiqué, Eugenio Scalfari est âgé de plus de près de nonante-quatre ans. La Salle de presse du Saint-Siège explique qu’il s’agissait d’une reconstruction maladroite d’un entretien. « Aucune phrase mise entre guillemets dans cet article ne doit être considérée comme une retranscription fidèle des paroles du Saint Père ».
Au-delà de la controverse, dans l’esprit de beaucoup de nos contemporains, même croyants, mieux vaudrait que l’enfer n’existe pas. L’existence de l’enfer dérange, comme le fait remarquer le théologien catholique Peter Kreeft dans son ouvrage La Foi catholique*: « Il est difficile pour des esprits modernes de croire que le seul autre choix à part le pardon est l’enfer, et que mourir avec des péchés non regrettés et non pardonnés, nous conduit à être éternellement séparés de Dieu ». Cette réticence à propos de l’enfer invite sans doute à quelques éclaircissements.

Mais d’abord précisons que ce sont les péchés mortels qui entraînent une séparation complète de l’âme avec Dieu, comme l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique: « Le péché mortel est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer » (CEC § 1861)L’état de grâce peut cependant être retrouvé dans le cadre du sacrement de Réconciliation, du vivant de la personne: « Le péché mortel, attaquant en nous le principe vital qu’est la charité, nécessite une nouvelle initiative de la miséricorde de Dieu et une conversion du cœur qui s’accomplit normalement dans le cadre du sacrement de la Réconciliation » (CEC § 1856). Le péché véniel, quant à lui, ne « rompt pas l’alliance avec Dieu », même s’il « affaiblit la charité » et « empêche les progrès de l’âme dans l’exercice des vertus et la pratique du bien moral ». En outre, sans repentance, il « nous dispose peu à peu à commettre le péché mortel » (CEC § 1863). 

L’envers de la liberté

À travers la question de l’existence de l’enfer, c’est ni plus ni moins que notre liberté qui est engagée: la séparation d’avec Dieu  dépend de la volonté humaine, car chacun est libre d’accueillir Dieu ou de L’exclure. Le Paradis n’est pas une obligation. « Dieu ne contraint personne à entrer au ciel, car sous la contrainte, le ciel ne serait pas le ciel pour eux de toute façon », note Peter Kreeft. L’existence de l’enfer est, de manière imagée, l’envers de la liberté. De même que, si nous sommes capables de faire le mal, c’est parce que nous sommes libres, et c’est parce que nous sommes libres que l’enfer existe. « L’enfer existe parce que la volonté libre existe, souligne Peter Kreeft. Nul ne souhaite que l’enfer existe, mais tous tiennent à leur volonté libre. Cependant, l’un ne va pas sans l’autre: si nous sommes libres, nous sommes libres de refuser le ciel ».
De plus, Peter Kreeft rappelle que le Christ nous a sauvés du péché et que la conséquence éternelle du péché est l’enfer. Si l’enfer n’existait pas, pourquoi Jésus serait-il mort sur la Croix? De quoi nous sauverait-il?
En revanche, Peter Kreeft signale que « les images populaires de l’enfer –soufre, fourches et tortures –, et même l’image biblique du feu, ne doivent pas être prises à la lettre ». Néanmoins « il faut les prendre au sérieux ». Si ces images désignent des réalités ou des états spirituels que le langage peine à saisir, l’enfer n’est pas négligeable pour autant. Au contraire: « L’enfer, séparation éternelle de Dieu, est une réalité terrible que les images laissent pressentir ». La réalité de l’enfer est bien plus terrible encore.

Affirmer l’existence de l’enfer

Dès lors faut-il parler de l’enfer à ceux qui nous entoure? Ne pas en parler permettrait-il de rallier plus de personnes au catholicisme? Nous l’avons vu: croire que l’enfer existe nécessite un minimum de réflexion sur ce qu’implique la liberté humaine. Cette croyance a sa place et trouve sa cohérence dans l’ensemble de la foi catholique. Si la tendance est aujourd’hui à célébrer une liberté sans limite, érigée en absolu, l’affirmation de l’existence de l’enfer va à contre-courant. C’est vrai. Néanmoins, nombreux sont ceux qui, parmi nos contemporains, et spécialement parmi les plus jeunes, n’ignorent pas qu’une action mauvaise peut entraîner la souffrance, un sentiment de vide intérieur et une détresse profonde. Dès lors pourquoi ne pourraient-ils pressentir la cohérence de la croyance en l’existence de l’enfer? Et puis ils sont nombreux aussi à vouloir utiliser leur liberté avec justesse et s’élever intérieurement. Mais une telle démarche a besoin, là aussi, de cohérence, même si, pour cela, il est utile d’évoquer la réalité peu joyeuse de l’enfer. Or si l’enfer n’est pas joyeux, il ne faut pas l’occulter pour autant: le Ciel en a d’autant plus d’éclat.

*Peter Kreeft, philosophe et théologien, diplômé de la Fordham University de New York, est professeur au Boston College. Protestant converti au catholicisme, il est l’auteur de nombreux ouvrages. Beaucoup de ceux-ci s’inscrivent dans le domaine de l’apologétique. Le souci de défendre la révélation chrétienne par des arguments rationnels est très présent chez Peter Kreeft.   

MMH [Madeleine-Marie Humpers]

Publié le 4 avril 2018 sur CathoBel: https://www.cathobel.be/2018/04/04/lenfer-envers-de-la-liberte/

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