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mardi 12 mars 2019

Fontevraud. Un ordre double sous l’autorité d’une abbesse

En 1101, Robert d’Arbrissel fondait en Anjou (actuel Maine-et-Loire) l’abbaye Notre-Dame de Fontevraud. Selon sa volonté, c’est une abbesse qui se trouvait à la tête de l’abbaye.

Le Moyen-âge chrétien offre à travers le cas de l’abbaye de Fontevraud un cas unique dans l’histoire du monachisme. Fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel, Fontevraud réunissait moines et moniales en un ordre double. Les moines et les moniales qui entraient dans l’ordre devaient obéissance à… une femme, conformément à la volonté de Robert d’Arbrissel.
En effet dans ses dernières volontés, le fondateur de Fontevraud s’exprime en ces termes : « de mon vivant, c’est une abbesse qui dirigerait cette congrégation ; qu’après ma mort personne n’aille oser contredire à ces dispositions que j’ai prises ».

Organisation

Concrètement, l’abbaye présentait deux séries de bâtiments. Au centre, l’église abbatiale dominait l’ensemble et rassemblait le bâtiment des moines et celui des moniales. C’est là – et là uniquement – que tous se réunissaient, pour la prière et les offices.  Au début du XIIe siècle, à ses débuts, trois cents moniales et près de septante moines se trouvaient à Frontevraud. Au milieu du siècle, l’abbé Suger, de Saint-Denis, contemporain des faits, rapporte que l’abbaye comptait à peu près à cinq mille personnes.
La première femme à avoir été élue à la tête de Fontevraud  fut Pétronille de Chemillé (1115-1149), suivie de Mathilde d’Anjou (1149-1155) et Audeburge de Hautes-Bruyères (1155-1180).

Dévouement extraordinaire

Avant de mourir, Robert d’Arbrissel témoigne de son dévouement aux moniales de Fontevraud. Il déclare ainsi : « Sachez-le, frères très chers, tout ce que j’ai bâti en ce monde, je l’ai fait pour le bien de nos moniales ; je leur ai consacré toute la force de mes facultés, et, qui plus est, je me suis soumis moi-même et mes disciples à leur service pour le bien de nos âmes ».
Un dévouement qui n’est pas sans évoquer la lettre de Saint Paul aux Éphésiens, dans laquelle il enjoint les hommes à aimer les femmes comme Jésus a aimé l’Église : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle » (Éphésiens 5, 25). Robert d’Arbrissel a appliqué l’exhortation de Saint Paul dans le cadre du monachisme, d’une manière toute particulière.

Suite de l’histoire…

Avec les siècles, l’ascèse qui avait prévalu dans les premiers temps de l’abbaye a fait place à la mondanité. Au XVIIe siècle, Louis XIV nomme à la tête de l’abbaye Gabrielle de Rochechouart. À l’époque, on n’hésite pas à y jouer Esther de Racine.
En 1792, la dernière abbesse de Fontevraud doit fuir. La Révolution porte un coup d’arrêt à l’abbaye, qui sera transformée en établissement pénitentiaire. Réputée l’une des plus dures de France, la prison sera finalement fermée en 1963.
Aujourd’hui, elle est ouverte au public et a été inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Fontevraud est un cas unique, que la société médiévale a malgré tout rendu possible. Si les femmes y ont bénéficié d’une reconnaissance exemplaire, tout cela est le fait d’un homme, Robert d’Arbrissel. Tout comme le Christ, il a, par son dévouement, élevé les femmes au-delà de tous les pouvoirs et de toutes les libertés que le monde aurait pu leur offrir. En leur permettant d’être élues à la tête d’un ordre double, il leur a enseigné le sens véritable de l’obéissance. Aujourd’hui, c’est une femme qui lui rend hommage à travers cet article…

MMH

Paru le 23 février 2018 sur CathoBel: https://www.cathobel.be/2018/02/23/fontevraud-ordre-double-lautorite-dune-abbesse/

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