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mardi 12 mars 2019

Des fleurs en religion: vertus, miracles et symbolique

Avec le retour du printemps fleurissent les premiers bourgeons sur les branches des cerisiers et des forsythias. De tout temps, les fleurs ont inspiré les hommes et les femmes. Et il leur est accordé, au sein du catholicisme, une place de choix…

Perce-neige et crocus cèdent la place aux narcisses et bientôt les jacinthes recouvriront les sous-bois. La saison est aux fleurs, l’occasion de s’intéresser à la place qui leur revient dans notre religion.

Symboles de vertus

Au Moyen-âge, c’est d’abord au sein des abbayes que moines et moniales ont pris soin de la culture des fleurs. Si celles-ci s’invitent ensuite dans les châteaux, les fleurs n’ont de cesse de symboliser des vertus religieuses. Au XIXe siècle, Madame de La Tour, dans son livre Le Langage des fleurs, rapporte l’exemple de Marguerite d’Orléans, aïeule maternelle d’Henri IV. Celle-ci « avait pour devise un souci tournant son calice vers le soleil, et pour âme: Je ne veux suivre que lui seul ». « Cette vertueuse princesse entendait, –explique Madame de la Tour –,  par cette devise, que toutes ses pensées, toutes ses affections, se tournaient vers le ciel, comme la fleur du souci vers le soleil ».

Miracles et expériences mystiques

Par ailleurs des fleurs seraient apparues miraculeusement lors de certains épisodes de la vie de Sainte Casilda ou encore de Sainte Germaine de Pibrac. Dans les deux cas, l’histoire rapportée est très similaire: Sainte Casilda, fille de l’émir de Tolède, se préparait à porter du pain aux esclaves chrétiens détenus dans les geôles de son père. L’ayant surprise, l’émir la réprimanda, mais lorsque Casilda ouvrit son tablier, les pains s’étaient changés en roses. Quant à Sainte Germaine de Pibrac, la maîtresse de maison l’avait soupçonnée de prendre du pain pour l’offrir aux pauvres des alentours. Là encore, quand la jeune bergère ouvrit son tablier, il en tomba une pluie de roses.
Plus récemment, des roses et des lys ont accompagné une mystique telle qu’Yvonne-Aimée de Malestroit. Le Saint-Office a refusé la canonisation Mère Yvonne-Aimée. En attendant, son cas illustre la rencontre de la mystique et de l’univers floral, dans le cadre de miracles qui symbolisent l’amour du Christ et l’union spirituelle de la religieuse avec son Seigneur. Sandra La Rocca rapporte ainsi à propos de Mère Yvonne-Aimée:
« C’est à l’âge de vingt et un ans, que commencent réellement ses visions récurrentes du Christ. Le 5 juillet 1922, elle est pour la première fois en convalescence dans la clinique des Augustines de la Miséricorde de Malestroit, suite à une paratyphoïde, lorsque le Christ fait entendre sa voix et lui annonce sa mission: Porter la Croix. Dès lors, il ne cessera de lui apparaître, de lui parler, de la conseiller. Son affection envers elle se concrétise par des signes sensibles comme des fleurs – le plus souvent des lys ou des roses –, des bagues d’or et de diamants, des parfums. Toujours le 5 juillet 1922, elle reçoit un lys et l’anneau mystique symbolisant ses ‘fiançailles spirituelles’, alors que le 5 juillet 1941 un lys et un voile marquent son ‘mariage spirituel' »*.

Roses rouges, roses blanches

Parmi les fleurs spécialement attribuées à la Vierge figurent notamment la rose, le lys et la violette.
La Vierge est elle-même appelée Rose mystique dans les Litanies de Lorette. Au XIIe siècle, Saint Bernard de Clairvaux s’adresse à elle sous le nom de Rosa sine spina, « Rose sans épines ». Et un siècle plus tard, Saint Bonaventure reprendra et développera cette formule:
« Ô Marie,
Rose pure, rose d’innocence,
Rose nouvelle et sans épine,
Rose épanouie et féconde,
Abondante par la grâce divine,
Établie Reine des cieux ;
Il n’est personne qui puisse jamais vous être comparé;
Vous êtes le remède à toute chose,
Le soutien de toutes nos entreprises »**

Dans son livre Le Langage des Fleurs du Temps Jadis, Sheila Pickles note que la symbolique de la rose est présente dès les premiers temps du christianisme: rouge, elle fait référence au martyre, blanche, à la pureté. « Les premiers Chrétiens, écrit Sheila Pickles, firent de la Rose rouge un symbole du sang des martyrs, et la Rose blanche a depuis toujours exprimé la pureté et la chasteté. On dit que la Vierge a étendu son manteau, pour qu’il sèche, sur un rosier rouge, qui, par la suite, n’a plus donné que des fleurs blanches ». Elle ajoute : « Dans le langage des fleurs, l’association de Roses blanche et rouge est un symbole d’unité et d’entente ».
C’est encore Saint Bernard qui s’exprime à propos de la rose, fleur mariale par excellence. L’union de la rose blanche et de la rose rouge, avec leur symbolique à chacune, y est apparaît ainsi: « Marie a été une rose blanche par sa virginité, vermeille par sa charité, blanche par sa chair, vermeille par l’esprit, blanche par la pratique de la vertu, vermeille par l’écrasement du vice, blanche en purifiant les passions, vermeille par l’esprit en mortifiant les appétits charnels, blanche par l’amour de Dieu, vermeille par sa compassion pour le prochain ».

Lys et violette

Alliant noblesse et modestie, le lys est aussi une fleur mariale. Dans l’Antiquité, il symbolisait la fécondité. Le lys est la fleur de la pureté et, comme la rose blanche, il est attribué à la Vierge. Au XVIIIe siècle, le poète Jean-Pierre Claris de Florian compose ces quelques vers qui illustrent la symbolique de la fleur de lys:
« O Lys, combien j’aime ta fleur.
Simple, et modeste avec noblesse.
Elle convient à la jeunesse.
Elle couronne la pudeur. »
D’abord confondu avec l’iris, les rois de France firent du lys leur emblème. Madame de La Tour rapporte que Saint Louis « portait une bague représentant, en émail et en relief, une guirlande de lys et de marguerites, et sur le chaton de l’anneau était gravé un crucifix avec ces mots: Hors cet annel pourrions-nous trouver l’amour ? parce qu’en effet cet anneau offrait à ce monarque pieux l’emblème de tout ce qu’il avait de plus cher: la religion, la France et son épouse ». Avec la fleur de lys, la royauté se trouve sous la protection de la Vierge. En 1376, Charles V fixera le nombre de ces fleurs à trois en l’honneur de la Sainte-Trinité.
Enfin la violette est également dédiée à la Vierge, en tant que symbole de modestie et d’humilité: « C’est un symbole de modestie, car elle prend soin de cacher pudiquement sa fragile beauté sous les fleurs, et s’épanouit discrètement », écrit ainsi Sheila Pickles. Saint Bernard l’appelle « violette d’humilité », lorsqu’elle est attribuée à la Vierge.
Rose, lys et violette s’épanouissent dans les jardins comme les vertus qu’elles symbolisent dans le cœur de Marie. Ainsi au XIXe siècle, l’abbé Migne, à la suite de Saint Bernard, compare la Vierge au jardin de Dieu: « Il est dit de Marie, dans les saintes Écritures, qu’elle fut le jardin fermé de Dieu. C’est dans ce jardin, dit saint Bernard, que le Seigneur planta toutes les fleurs qui ornent l’Église, et entre autres, la violette de l’humilité, le lis de la pureté, et la rose de la charité ».

Noms vernaculaires

Des traditions populaires ont par ailleurs rebaptisé certaines fleurs en référence à Sainte Vierge ou à la Trinité. Parmi les noms vernaculaires que les paysans d’autrefois leur ont attribués, on trouve notamment la Violette de Marie, autre nom de la Campanule carillon (Campanula Medium).
La Rose de la Vierge désigne le Narcisse des poètes (Narcissus Poeticus), une variété de narcisse dont les pétales d’un blanc très pur sont surmontés, en leur centre, d’une « petite couronne jaune bordée d’un liseré rouge orangé ».
En outre l’auteure du Langage des Fleurs du Temps Jadis nous apprend à propos du muguet: « Parce qu’il serait né des larmes versées par Marie au pied de la Croix, on l’a également nommé Larmes de Notre-Dame ». En allemand, c’est l’Œillet à delta (Dianthus Deltoides) qui est surnommé Marientropfen, c’est-à-dire « Larmes de Marie ».
Quant à la Pensée sauvage, elle a été appelée Herbe de la Trinité. Et l’Ancolie a été « associée à la colombe, et elle fut considérée comme la fleur du Saint-Esprit ; plusieurs tableaux de grands maîtres l’attestent », rapporte encore Sheila Pickles.

Fleurir les églises

Les fleurs et leur symbolique occupent donc une place importante au sein du christianisme. Pourtant ne soyez pas étonnés si, pour ces derniers jours de Carême, vous ne les voyez pas dans les églises. La Présentation générale du missel Romain (PGMR) note en effet que: « Pendant le Carême, la décoration de fleurs à l’autel est interdite, à l’exception du quatrième dimanche (Lætare), des solennités et des fêtes ». Les fleurs se font plus discrètes au moment du Carême et particulièrement le Vendredi Saint, où le dépouillement signifie mieux que toutes les fleurs l’abandon, le renoncement et finalement la mort du Christ sur la Croix.
Dans les autres temps de l’année liturgique, des équipes en charge de la décoration florale s’occupent de fleurir les églises. Une démarche symbolique, toute emprunte d’une sensibilité où l’art se met au service de la foi. Le Bon usage de la liturgie (Guide Célébrer) précise ainsi: « La composition n’est pas une homélie, elle est une louange ».
« Le bonheur est une fleur qu’il ne faut pas cueillir », écrivait André Maurois. S’il ne faut pas cueillir la fleur, mieux vaudrait sans doute se mettre à son école: n’est-ce pas l’occasion de s’en remettre en toute confiance aux mains du jardinier qui lui donne de s’épanouir ? Car d’après le poète Bernard de Fontenelle: « De mémoire de rose, il n’y a qu’un jardiner au monde »

MMH
*Sandra La Rocca, « Le Petit Roi d’Amour : entre dévotion privée et politique », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 113 | janvier-mars 2001, mis en ligne le 03 décembre 2013, consulté le 27 mars 2018. URL : http://journals.openedition.org/assr/20182 ; DOI : 10.4000/assr.20182
**« O Maria / Rosa decens, rosa munda, / Rosa recens sine spina, / Rosa florens et decora, / Dives divina gratia / Facta coelorum regina / Non est nec erit secunda / Tibi, rei medicina, /Nostris coeptis obsecunda »

Article paru sur CathoBel le 30 mars 2018: https://www.cathobel.be/2018/03/30/100097/

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